« Armagedon Time », le retour en enfance de James Gray

Après The Yards (2000), The Immigrant (2013) ou encore Ad Astra (2019), c’est dans Armageddon Time, film qui a fait partie de la sélection officielle du Festival de Cannes en 2022, que James Gray revisite son enfance.

Convoquer des icônes du cinéma pour mettre en valeur un petit garçon, dont le talent transparaît sur scène… Est-ce une stratégie du réalisateur James Gray pour faire part de problématiques sociétales qui lui tiennent à cœur ? Peut-être. Ici, c’est à travers le prisme de Paul Graff, interprété par Michael Banks Repeta, qu’Armageddon Time nous plonge dans le Queens des années 1980 – où le réalisateur américain a grandi.

Durant une punition, Paul, qui est dans une classe spécialisée, fait la rencontre de Johnny, un redoublant à la peau noire. Ensemble, ils font de nombreuses bêtises… jusqu’à la bêtise de trop, après laquelle le personnage principal est contraint, par ses parents, à s’inscrire dans le collège privé où figure Ted, son frère ennemi. Les deux amis arrêteront-ils de faire les 400 coups pour autant ? Jusqu’où leurs frasques les conduiront-elles ?

Un film ponctué par les inégalités

Ce qui est sûr, c’est que les inégalités sont au centre de cette œuvre. Johnny, du fait de sa couleur de peau et de sa condition sociale, est celui qui en fait le plus les frais. Dans l’intrigue, c’est la tête à abattre, la personne à éviter, la mauvaise fréquentation aux yeux des autres. Le seul personnage qui lui donne l’opportunité d’exister, de façons plus ou moins dissimulées, c’est Paul.

La famille de ce dernier fait aussi les frais des discriminations. D’origine juive, les protagonistes tentent de la dissimuler au mieux. Quarante ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’antisémitisme était encore de vigueur. L’image sociale avait son importance pour les parents et le frère de Paul.

L’enfance du réalisateur, une source d’inspiration

James Gray s’est grandement inspiré de son existence pour réaliser ce film. Le réalisateur américain est lui-même issu d’une famille d’origine juive, qui a été contrainte de s’exiler à New York en 1920 pour fuir la guerre civile russe. Son nom de famille était initialement « Greyzestein ». Pour entrer dans les standards américains, sa famille s’est renommée « Gray » en 1923. Dans le film, « Graff » est également un diminutif, adopté pour le même motif.

À l’instar de Paul Graff, il a passé une enfance modeste dans le Queens. L’école était loin d’être sa passion… tout comme le personnage principal. Le cinéaste a déserté les cours à l’âge de 13 ans au profit des salles de cinéma. Apocalypse NowRaging Bull, tels sont les noms des œuvres cinématographiques dont il raffolait durant son enfance.

James Gray n’est pas un fervent défenseur de la perfection. Dans ses réalisations, il met en lumière des personnages complexes, ayant des problèmes de société comme la pauvreté, la mafia ou encore l’immigration. Dans Armageddon Time, les protagonistes disposent, sans exception, d’une forme d’ambivalence. Tout le monde a ses qualités et ses défauts, hormis le grand-père remarquablement interprété par Anthony Hopkins, qui lors d’une scène mémorable avec son petit-fils, lui inculque des valeurs de tolérance avec toute la tendresse dont il est capable.

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