En cette fin janvier, un ouvrier installait de nouvelles affiches publicitaires sur les quais d’une des 304 stations du métro parisien.
Il était environ 11 heures, lundi 25 janvier, à la station Bourse desservie par la ligne 3 du métro parisien et située dans le 2e arrondissement de la capitale. Une première rame, en direction du Pont de Levallois, faisait son arrivée. Un homme en costume y descendant et semblant pressé s’est étonné : « Déjà ? Cela faisait seulement une semaine qu’ils avaient mis l’ancienne… ».
Ses yeux étaient rivés vers un entassement de morceaux de feuilles posés à terre, sous les sièges turquoise de la station. Plongé dans les odeurs d’égouts du souterrain parisien, un ouvrier de l’entreprise sous-traitante SMPA (Société Métropolitaine de Publicité et d’Affichage, ndlr) vêtu d’une tenue de travail grise installait une nouvelle affiche publicitaire. La campagne pour la plateforme de paris sportifs betclic en partenariat avec la ligue 1 uber eats recouvrait peu à peu la promotion d’une boisson alcoolisée.
L’assemblage et le collage, un art
« Direction Gallieni, prochain train dans 1 minute, le suivant dans 3 minutes. ». Sous le rythme des interventions du robot annonçant le temps avant l’arrivée de chaque rame, dans un sens et dans un autre, les coups de brosse à coller du technicien se faisaient entendre. Entre deux parcelles de la nouvelle affiche à installer, il insérait son instrument dans un seau de colle dont le parfum peinait à masquer les senteurs souterraines.
Une seconde rame allant vers l’ouest de la Ville Lumière pointait le bout de son nez. L’ouvrier lui tournait le dos. Le matériel roulant différait de ceux qui passent habituellement sur la ligne. Il n’était pas déconcentré pour autant : il faisait sa tâche sans tenir compte de ce qui l’entourait.
Le train est reparti. Les quais se sont vidés. Il continuait son travail dans l’ignorance et la solitude absolues.
Attention, danger !
Une échelle teintée de gris et de rayures blanches et rouges longeait le mur. Elle permettait à l’ouvrier du sous-traitant de la RATP de coller le haut de son affiche, le sommet de la station étant élevé. Ce travail manuel exige des prises de risques pouvant mettre en danger le technicien qui était seul sur ce chantier.
L’unique dispositif de sécurité était un message « Attention affichage » ayant été écrit en rouge. Il n’était destiné qu’aux usagers.
Le résultat final
Les trois hommes au cœur du nouvel affichage commençaient à dominer les quais. La station étant déserte quand les usagers ne descendaient pas des rames, cette bande d’amis y apportait son lot d’humanité.
Le résultat était entaché par un léger défaut de fabrication : en bas de l’affiche, la fin du numéro de téléphone était en décalage avec son début. Le technicien n’en avait que faire : il n’était présent que pour assembler.
Son travail terminé, il a quitté le quai muni de sa mallette, de son seau et de l’échelle, partant vers de nouvelles aventures, ou plutôt de nouveaux quais.

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