Pascale Tabart : « La médiation culturelle, une création de la curiosité vers un public scolaire »

Entretien mené collectivement dans le cadre d’un cours de journalisme culturel (L3), puis restitué et rédigé individuellement.

Anciennement chargée de cours à l’université Paris VIII, Pascale Tabart est chef de projet à la BNF depuis août 2019. Durant plusieurs années, elle a contribué à l’élaboration du festival d’automne à Paris.

Comment vous est venue l’envie d’être médiatrice culturelle ?
Elle m’est venue très tôt. Quand j’étais petite, je pratiquais des activités. Ayant la chance d’avoir un théâtre dans ma ville, j’y allais souvent. Dans le cadre de mon premier emploi, j’étais hôtesse d’accueil dans un théâtre. J’ai donc toujours baigné dans le milieu culturel.

Comment en êtes-vous arrivée là ?
J’ai étudié aux beaux-arts de Paris. A priori, il semble ne pas y avoir de lien avec la médiation culturelle, mais il y en a en réalité énormément. J’ai ensuite travaillé aux administrations des théâtres Louis Jouvet et de la Colline à Paris. Durant 17 ans, j’ai été responsable des relations publiques au festival d’automne à Paris. Depuis un an et demi, je suis chef de projet pour le développement du public scolaire à la BNF.

Comment définiriez-vous votre métier ?
En peu de mots, je définirais la médiation culturelle comme une création de la curiosité vers un public scolaire. Ma spécificité, c’est de proposer une relation dynamique aux œuvres et aux contenus quels qu’ils soient. L’enjeu est d’essayer de créer des passerelles et des envies en créant des outils de création culturelle et pédagogique.

Vous contribuiez à la préparation du festival d’automne. Comment vous organisiez-vous ?
Mon travail s’organisait en deux parties : la recherche de nouveau public et le développement des actions qui consistait au travail avec des groupes d’étudiants et des groupes du champ social. Je travaillais à grande échelle avec des outils qu’on appelle « fichiers crm » qui nous donnent des informations précises sur les activités se déroulant dans telle ou telle structure. Au festival d’automne, je me chargeais des campagnes d’abonnements, de la promotion et des tarifs. Le public était toujours au centre, du fait de la culture.

À votre échelle, en quoi consistait le festival d’automne ?
Ce projet a plutôt été créé en direction des arts plastiques. La question du festival d’automne, c’était la difficulté pour travailler avec des enseignants. On connaît l’artiste qui va être invité, mais pas son œuvre. Il y a quatre expositions dans différents quartiers de Paris : chaque classe retranscrit une exposition que l’autre n’a pas vue. On demande aux élèves ce qu’ils voient, dans quel lieu ils sont, quels matériaux ont été utilisés pour concevoir l’œuvre, quelles sont les intentions de l’artiste. Je ne connaissais pas l’œuvre qui allait être travaillée au préalable, je laissais donc la place aux enseignants qui étaient là pour rassembler, mettre en forme. L’idée était aussi de mélanger les classes, de la moyenne section de maternelle aux groupes post-bac.

Quelle place y occupe l’artiste ?
Souvent, l’artiste n’est présent qu’au vernissage et disparaît. Le sujet n’est pas la rencontre avec l’artiste, mais celle avec l’œuvre. Ce sont les enfants, les adolescents et les grands qui choisissent et transmettent la mise en forme. Cependant, il était très au courant de ce qui était fait et comprenait la démarche. Il m’est arrivé plusieurs fois que l’artiste soit là pendant la visite, mais je leur demandais de ne pas se montrer.

La pandémie affecte votre activité… étiez-vous préparée à exercer votre métier dans un contexte exceptionnel comme celui-ci ?
Non. En revanche, j’ai un volant avec les rectorats de formations d’enseignants. On fait les activités à distance, on adapte tout assez rapidement. Cela a pris un peu de temps. En mars dernier, tout s’était arrêté ; on a donc réfléchi à la façon dont on pouvait transmettre des choses. La pertinence de ce qu’on peut retransmettre est toujours en discussion.

Est-ce que la situation a changé la façon dont vous appréhendez l’avenir ?
Forcément, cela change la perception. Il faut réfléchir autrement, dans mon travail. Mais sinon, il faut peut-être être moins précis que je ne l’ai été et ne le suis dans mon tempérament, aussi. Il faut prendre plus de temps, même si ce n’est pas toujours facile.

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