Écrite par Sara Stridsberg et mise en scène par Christophe Rauck, Dissection d’une chute de neige relate l’histoire d’une enfant-roi au comportement capricieux. Les créateurs de cette pièce sont-ils pourtant resté cantonnés à ce stéréotype ?
1632, Christine de Suède devient roi de Suède alors qu’elle n’a que 6 ans, son père étant tué en pleine bataille. C’est de cette histoire que Sara Stridsberg s’est inspirée pour créer l’histoire de la fille-roi, interprétée par Marie-Sophie Ferdane dans la pièce Dissection d’une chute de neige. Représentée au théâtre des Amandiers à Nanterre du 25 novembre au 18 décembre 2021, cette œuvre vivante qui représente une histoire vraie nous pousse à la réflexion quant à des sujets sociétaux comme le féminisme ou l’enjeu de pouvoir.
La serre dans tous ses états
Une fille-roi, personnage principal de la pièce, est enfermée dans une serre. Cet immense rectangle occupe le cœur de la scène. L’objet en devient d’ailleurs un protagoniste à part entière. Durant la pièce, nombreux sont les moments où il est en action. Elle est parfois retournée, parfois lumineuse, parfois non, parfois occupée, parfois inoccupée. En bref, Christophe Rauck met cette incontournable dans tous ses états, ajoutant à la pièce une dimension poétique.
Des caprices en tout genre
En ce qui concerne la fille-roi, elle s’illustre par un tempérament volcanique et des caprices en tout genre. Marie-Sophie Ferdane incarne son rôle d’enfant pourri-gâté à la perfection. Au début de la pièce notamment, on aime la détester… tout comme Maria, sa mère qui est incarnée par Murielle Colvez. Dans ses rares passages, le personnage se montre extrêmement désagréable à l’égard de ses contemporains, à la limite de l’aigreur. À l’image de la fille, la mère est détestable.
Crêpages de chignons ?
Grâce aux interventions de Belle, personnalité antagoniste interprétée par Ludmilla Makowski, cette pièce qui repose sur une intrigue plutôt dramatique gagne en comique. N’hésitant pas à tenir tête à la fille-roi, les querelles entre les demoiselles valent le détour. Fous-rires garantis ! Au fil de la pièce, une tension érotique, voire plus si affinités, s’installe entre les deux femmes. Jusqu’où ira-t-elle ? Ce qui est sûr, c’est qu’elle soulève la problématique des mœurs dans l’univers de la royauté.
La face cachée de l’iceberg
Elle est, quelque part, prisonnière d’un rôle qui lui a été imposé. Seule malgré elle, elle affiche sa souffrance quant aux disparitions de son père, puis de sa mère, qu’elle évoque comme des « abandons ». « Tout le monde m’abandonne » est d’ailleurs une phrase qui revient à plusieurs reprises durant la pièce. Est-on vraiment heureux en naissant avec une cuillère d’or dans la bouche ? C’est une interrogation que Sara Stridsberg a souhaité poser.
La dissection ?
La fille-roi s’interroge sur sa vie, ses souhaits, ses ambitions. Ne serait-elle finalement pas mieux sans cette carapace de femme-enfant à qui tout sourit ? Ne se sentirait-elle pas enfermée dans une prison dorée ? À quoi aspire-t-elle réellement ? Le destin de cette jeune fille qui est perçue comme « bonne à marier » est remis en question tout au long de la pièce. Dans la mise en lumière de son intériorité réside finalement cette dissection qui nous est promise…

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